Comment j'ai perdu mes Birkenstock au marché de Lomé
On m'avait dit : 'Prends des tongs.' J'ai pris mes Birkenstock Arizona. Erreur fatale, chapitre un d'une longue série...
♢ Grand Marché, Lomé, Togo
Jour 3 au Togo. Je suis psychologue. Je suis suisse. Je suis venue ici pour lâcher prise. Le problème, c'est que j'ai aussi lâché mes Birkenstock.
Tout a commencé au Grand Marché de Lomé, un lieu où le concept de personal space n'a jamais été traduit dans aucune des 39 langues parlées au Togo. Je déambulais entre les étals, fascinée par les pyramides d'épices, quand une Nana Benz — ces reines du commerce textile — m'a attrapée par le bras avec l'autorité d'une directrice de banque centrale.
L'art de la négociation (ou comment se faire rouler avec le sourire)
« Tu veux du wax ? Regarde, celui-là c'est le motif 'Mon mari est jaloux'. Et lui c'est 'Ma belle-mère ne dort jamais.' »
Apparemment, au Togo, les tissus racontent des histoires. Et les histoires sont souvent passives-agressives. En tant que psy, je suis enchantée.
J'ai voulu en acheter trois. J'en suis ressortie avec sept, un sac d'arachides grillées, la recette du gboma dessi, et sans mes Birkenstock. Je ne sais toujours pas à quel moment exactement elles ont disparu. Une dame m'a juré qu'elles avaient « suivi quelqu'un d'autre, c'est la vie ».
Diagnostic professionnel
En Suisse, perdre ses chaussures serait un motif de consultation. Ici, c'est un rite d'initiation. J'ai acheté des tongs à 500 francs CFA (76 centimes suisses) et je n'ai jamais été aussi bien chaussée de ma vie.
Ma superviseuse à Lausanne m'aurait dit que c'est un acting out. Moi j'appelle ça un mardi à Lomé.
Bilan de la journée : 7 pagnes, 0 Birkenstock, 1 coup de soleil, et la conviction profonde que le Grand Marché de Lomé est le meilleur cabinet de thérapie de groupe au monde. Gratuit, en plus.